Un jour j'écrirai des nouvelles acceptables...
"Eclipse
Le temps qui s’arrête, ce n’est pas, comme on se le représente, un gel soudain de tout ce qui vous entoure. Une mouche suspendue en vol. Le vent qui cesse de souffler…
J’étais en train de me faire servir une crêpe, rue Saint-Jean. Il y a quoi, une seconde ? Une seconde et demie ? La cuiller, pleine de confiture à l’abricot, s’était étalée sur la pâte cuite. Elle revenait vers le pot. Et soudain — mais « soudain » a-t-il un sens ? — elle a ralenti, ralenti…
Je savais que jamais elle n’atteindrait son but. Sans savoir pourquoi, ou comment. Je savais.
La chaleur de l’appareil à gaz ne me réchauffait plus, la luminosité chutait graduellement. Une lueur fantomatique d’éclipse avalait le monde. Tout ce qui était hors de mon champ visuel direct se perdait dans le brouillard. La Cathédrale sur la droite n’était guère qu’un grand flou dévoré. Le vendeur devant moi me fixait d’yeux aussi ronds que sa bouche, son dernier mot étiré sur une plaine de silence. Je ne voyais nettement que la cuiller, avec une infinité de détails, dernière chose que je regardais quand cela a commencé.
Est-ce cela, un accident vasculaire cérébral ? Pourquoi suis-je encore debout et conscient, alors ? Est-ce le prélude à un brusque retour à la normale ? Je n’entends pas mon cœur. Mais suis-je simplement perdu entre l’espace qui sépare le tic, et le toc ?
La cuiller ralentit, ralentit. Toujours sur sa trajectoire vers le pot, toujours moins vite, même si je sais qu’elle bouge encore, insensiblement. Je n’attends même plus de conclusion. Il n’y a pas de conclusion quand le temps vous est nié. Tout autant, l’Univers avait décidé de s’arrêter de tourner.
Je ne saurai jamais.
Je reste donc là à attendre, attendre, dans ce lambeau de temps infiniment étiré. Je n’oserais même pas espérer une conclusion."
Ca vous a plu ? Moi, je ne sais pas ce que cela vaut. En toute honnêteté, il faut convenir que ce n'est pas publiable.
Mon truc c'est les RO-MANS ! Un jour j'arriverai à écrire une vraie nouvelle... un de ces petits bijoux ciselés qui vous retournent les tripes en quelques lignes... pour l'instant, je dois bien dire que je ne sais pas faire. Enfin voilà y'a des trucs qui me viennent comme ça. Le petit texte plus haut, c'était ce matin au réveil. Eh oui, le dimanche matin ça peut provoquer ça ;-)) Le repassage, aussi (le temps s'étire, s'étire...) ;-)))
Le temps qui s’arrête, ce n’est pas, comme on se le représente, un gel soudain de tout ce qui vous entoure. Une mouche suspendue en vol. Le vent qui cesse de souffler…
J’étais en train de me faire servir une crêpe, rue Saint-Jean. Il y a quoi, une seconde ? Une seconde et demie ? La cuiller, pleine de confiture à l’abricot, s’était étalée sur la pâte cuite. Elle revenait vers le pot. Et soudain — mais « soudain » a-t-il un sens ? — elle a ralenti, ralenti…
Je savais que jamais elle n’atteindrait son but. Sans savoir pourquoi, ou comment. Je savais.
La chaleur de l’appareil à gaz ne me réchauffait plus, la luminosité chutait graduellement. Une lueur fantomatique d’éclipse avalait le monde. Tout ce qui était hors de mon champ visuel direct se perdait dans le brouillard. La Cathédrale sur la droite n’était guère qu’un grand flou dévoré. Le vendeur devant moi me fixait d’yeux aussi ronds que sa bouche, son dernier mot étiré sur une plaine de silence. Je ne voyais nettement que la cuiller, avec une infinité de détails, dernière chose que je regardais quand cela a commencé.
Est-ce cela, un accident vasculaire cérébral ? Pourquoi suis-je encore debout et conscient, alors ? Est-ce le prélude à un brusque retour à la normale ? Je n’entends pas mon cœur. Mais suis-je simplement perdu entre l’espace qui sépare le tic, et le toc ?
La cuiller ralentit, ralentit. Toujours sur sa trajectoire vers le pot, toujours moins vite, même si je sais qu’elle bouge encore, insensiblement. Je n’attends même plus de conclusion. Il n’y a pas de conclusion quand le temps vous est nié. Tout autant, l’Univers avait décidé de s’arrêter de tourner.
Je ne saurai jamais.
Je reste donc là à attendre, attendre, dans ce lambeau de temps infiniment étiré. Je n’oserais même pas espérer une conclusion."
Ca vous a plu ? Moi, je ne sais pas ce que cela vaut. En toute honnêteté, il faut convenir que ce n'est pas publiable.
Mon truc c'est les RO-MANS ! Un jour j'arriverai à écrire une vraie nouvelle... un de ces petits bijoux ciselés qui vous retournent les tripes en quelques lignes... pour l'instant, je dois bien dire que je ne sais pas faire. Enfin voilà y'a des trucs qui me viennent comme ça. Le petit texte plus haut, c'était ce matin au réveil. Eh oui, le dimanche matin ça peut provoquer ça ;-)) Le repassage, aussi (le temps s'étire, s'étire...) ;-)))


3 Comments:
Jusqu'à ce que j'ai cru que c'était la citation de quelqu'un d'autre, j'ai pensé que c'était super, puis, bon, la déception ;-)
Ce n'est peut-être pas publiable en tant que nouvelle, mais je trouve que tu pourrais trouver la maniére de l'introduire dans un roman (du cyberpunk, peut-être ?)
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Cher Alexis,
J'ai aimé cette tranche de vie, cet instant vide et pourtant tout en feeling, avec une poésie certaine. La nouvelle se rapproche d'un poème, disait Poe je crois...
C'est sûr que ce genre d'écrit ne passe pas tel quel dans les genres de l'imaginaire, où tu te trouves, où il faut une histoire et des idées imaginaires et originales sur les techno-sciences ou les fantasmes fantaisistes.
Cependant ça passerait dans la littérature blanche, générale, et c'est ce qui manque, souvent, ces petits bonheurs d'écriture que j'aime, dans la SF (où souvent, cliché de ma part, ce ne sont que des ingénieurs qui essaient d'écrire) ou dans la fantasy (où, autre cliché, ce sont des rôlistes tolkiennisés qui essaient d'écrire...)
Poursuis ton chemin de mots, même dans de petits flash comme celui-ci : je suis certain que ces petits bonheurs d'écriture se retrouveront, sans que tu y prêtes attention, si tu suis d'un pas régulier cette marche, dans tes autres écrits romanesques. :-)
Amitiés.
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